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Communiqué :
Le projet d’extension de l’usine SPI Pharma doublerait ses nuisances environnementales.

S’il était temps de penser la souveraineté médicamenteuse comme un commun ?

 

Jeudi 25 juillet 2025

Par le Collectif des Gammares

 

L’enquête publique concernant le projet d’extension de l’usine SPI Pharma s’est achevée le 16 juillet 2025. Ce texte rédigé par le Collectif citoyen des Gammares explicite les enjeux directs mais aussi plus indirects de ce projet industriel sur le ruisseau Caravelle-Aygalades et sur la santé publique.

 

L’usine SPI Pharma est située dans le vallon du Maire, sur la commune de Septèmes-les-Vallons. Elle est l’un des trois sites de la multinationale américaine SPI Pharma Monde, branche de la société de l’agro-industrie ABF (Associated British Food). Cette usine est bien connue des associations locales attachées au ruisseau Caravelle-Aygalades, puisqu’elle est l’une de ses principales sources de pollutions contemporaines. L’usine, qui a été rachetée par SPI Polyols en 1998, voit des premiers arrêtés préfectoraux poindre pour son impact sur l’environnement dès 1988. Les pollutions depuis sont bien documentées, notamment par l’IMBE, ainsi que la contamination des sédiments et des communautés biotiques en aval des rejets. 

 

Ces pollutions s’observent notamment par une conductivité de l’eau beaucoup trop importante (pour rappel, une eau parfaitement pure ne conduit pas d'électricité, quand une conductivité traduit la présence d’ions). Elle est ici de 14000 µSiemens/cm, là où les valeurs habituelles sont inférieures à 1000 µS/cm. Les analyses montrent des taux de concentrations pour les chlorures, le sodium et les sulfates plusieurs centaines à milliers de fois supérieures aux Valeurs Guides Environnementales. Ces dernières sont également largement dépassées pour les nitrates. Pour celleux qui vont marcher parfois dans le Vallon du Maire, tamaris (arbre qui pousse naturellement en zones salées) et colorations blanchâtres de l’eau en aval de l’industrie pharmaceutique donnent un aperçu de la toxicité des lieux.

Si le ruisseau souffre déjà de nombreuses pollutions historiques, il convient de rappeler que chaque pollution a ses spécificités et des impacts spécifiques. Elles ne s'équivalent pas. On parle même d'effet cocktail pour décrire que les pressions multiples peuvent souvent générer des nuisances combinées encore plus importantes. Il faut donc impérativement arrêter les apports nouveaux de polluants si l'on veut récupérer un ruisseau en bonne santé, et respecter les objectifs fixés par le SDAGE (Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion de l'Eau).

 

Ce qui est soumis à enquête publique est un doublement de la capacité de production : un passage de 5 500 t/an d’adjuvants pour vaccins alumineux à 11 500 t/an d’ici 2026. Et ce doublement s’accompagne  d’un doublement du volume d’effluents journaliers (450 à 900 m3/j). Cet effluent pollué représenterait  30% du débit moyen du ruisseau Caravelle/Aygalades. Aucune modification réelle de la filière de traitements est annoncée. C’est donc à un doublement des nuisances environnementales qu’il faut s’attendre.

 

Mais que produit cette usine ? Historiquement, cette usine était spécialisée en principes actifs anti-acides qui vont être utilisés dans des médicaments comme le Maalox ou le Gaviscon (tous deux à base d’hydroxydes de magnésium et d’aluminium). Elle a d’autres activités (compléments alimentaires ou supports de catalyseurs), mais l’augmentation des capacités de production concerne principalement les adjuvants pour vaccins.

 

Les adjuvants pour vaccins servent à renforcer la réponse immunitaire et permettent la fragmentation des agents pathogènes dans les vaccins. SPI Pharma est la seule usine en France à produire ces adjuvants, pour l’instant surtout sur le marché vétérinaire, alors que l’extension vise à mieux placer l’entreprise sur le marché de la santé humaine. Ce marché étant en pleine expansion, la production d’adjuvants vaccinaux est considérée comme « stratégique ». Ce caractère stratégique s’inscrit aussi dans « l’enjeu crucial de la souveraineté médicamenteuse », même s’il convient de rappeler que SPI Pharma est une multinationale états-unienne. Malgré tout, SPI Pharma peine à trouver des débouchés commerciaux à la hauteur de ses capacités de production. Comment assurer que cette production ne soit pas soumise aux aléas de la spéculation et finisse par polluer sans débouchés réels ?

 

C’est une question importante que celle des lieux de production de médicaments, qui demande d’être traitée avec énormément de sérieux. Si l’enjeu est stratégique, il faut penser des installations durables, concertées, planifiées, les gestions des pollutions doivent impérativement être réellement étudiées, tous les impacts pris en compte. Il est permis de douter qu’une multinationale pharmaceutique, filiale d’une industrie agro-alimentaire soit la plus à même d’être « stratégique » en termes de santé humaine. Deux des filiales importantes de ABF sont Primark, entreprise de fast-fashion tristement célèbre pour ses conditions de travail déplorables et les messages « SOS » retrouvés dans certains vêtements, et Ovomaltine, dont le chocolat en poudre est considéré par l'association 60 millions de consommateurs comme le pire sur le marché à cause de son niveau de sucres et d’additifs. D’autant plus qu’aujourd’hui, malgré des mises en demeures régulières, un soutien financier de la DREAL et l’action au long cours d’associations comme l’AESE ou FNE13, le ruisseau souffre toujours autant des pollutions de SPI Pharma. Pour nous, SPI Pharma ne fournit pas les preuves nécessaires à  la bonne prise en compte des enjeux écologique et sanitaire liés à sa production. À quoi bon soutenir la production privée de médicament si à côté nous détruisons les milieux et enrichissons le secteur de la malbouffe ?

 

De nombreuses dynamiques en cours, qu'elles soient portées par les collectivités territoriales (comme le projet de Trame Turquoise à Septèmes), par des Etablissements publics (comme le parc inondable porté par l'EPA Euroméditerrannée), par des structures culturelles (comme le jardin de la Cascade porté par Lieux Publics) ou par des associations (comme le jardin aquatique pédagogique et expérimental porté par l'association Jardinots), cherchent à recréer du lien avec le ruisseau Caravelle/Aygalades, à penser sa dépollution, et à le réinvestir comme un bien commun précieux pour tous ses riverain·e·s. Pour le collectif des Gammares, refaire du ruisseau un commun est un enjeu central, et cette enquête publique nous laisse penser que la souveraineté médicamenteuse devrait elle aussi être pensée comme un commun...

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